Une histoire des verriers de Lorraine : la cristallerie de Vallerysthal (57)

Il était une fois une verrerie dont les racines se mêlaient dès 1707 à celles d’une industrie verrière régionale florissante… J’aurais pu débuter l’histoire ainsi en racontant les succès d’un des fournisseurs prestigieux des plus belles tables d’Europe.

Une fois n’est pas coutume, je vous propose d’en connaître d’abord la fin. Et le mot n’est pas trop fort : la fin car tout aurait pu s’arrêter brusquement, en quelques heures par l’action de quelques bulldozers indifférents.

Heureusement l’histoire continue de s’écrire aujourd’hui, grâce à une association de sauvegarde de ce patrimoine en danger. Revenons sur les circonstances de sa création. Nous sommes au début de l’été 2012. Un entrefilet dans la presse locale informe la population que la cristallerie de Vallerysthal – Portieux est menacée de disparaître, jetée aux hasards d’une procédure collective.

Emois. Ici, dans cette vallée de la Bièvre, tous ont au moins un parent, un ancêtre qui a travaillé de près ou de loin pour la cristallerie. Fatalité aussi. Nombre de verreries ont déjà disparu depuis longtemps et si la cristallerie fait toujours partie du paysage, sa production a officiellement cessé en 1977. Il faut agir pour préserver ce qui n’est déjà plus que les vestiges d’une richesse locale. La mobilisation d’une poignée de bénévoles passionnés en raison de racines familiales intimement liées aux lieux fait naitre le 21 septembre 2012 l’association de sauvegarde du patrimoine verrier de Vallerysthal – Portieux constituée selon les dispositions applicables en Alsace Moselle. 150 signatures venant de tous horizons, d’Europe mais aussi des USA, du Canada et de l’Australie sont recueillies dans l’urgence malgré la période estivale, encouragées par de nombreux soutiens moraux de parlementaires, de représentants de collectivités locales (Conseils généraux de la Moselle ou des Vosges), du lycée d’enseignement professionnel de Sarrebourg et de musées…

Forte de cette nouvelle existence, l’Association peut se faire connaître en temps utile auprès des différents acteurs de la liquidation judiciaire de la SAS Faïence et Cristal de France, propriétaire de la Faïencerie de Niderviller et des cristalleries de Vallerysthal et Portieux. Elle dépose en parallèle sous son nom la marque « Cristal de Vallerysthal » qui n’était plus protégée depuis des années.

Ses représentants travaillent depuis de concert avec le repreneur (le groupe des émaux de Briare) qui est devenu propriétaire de l’ensemble des actifs immobiliers, corporels et incorporels de cette activité. Ils rêvent même un temps de reprendre partie de la production pour faire revivre les fastes d’antan car les savoir-faire sont toujours là, endormis sous une épaisse couche de poussière comme celle des bâtiments très dégradés. Malgré de très faibles ressources tant financières qu’humaines, l’association multiplie les initiatives : inventaires, collectes auprès des locaux, recherches documentaires, préservation et protection de l’existant, y compris des moules et des fours, expositions de collections privées au sein des musées voisins aux côtés de démonstrations des souffleurs de verre bénévoles dont l’habilité épate toujours touristes et curieux. Ce sont autant d’actions pour préserver un patrimoine en péril constitué d’innombrables pièces éparpillées.

 et permettre au plus grand nombre de découvrir un remarquable univers de verre et de cristal.

Une exposition était visible au musée de Sarrebourg jusqu’au 4 mars 2019.

https://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-sarrebourg-chateau-salins/2019/02/10/cinq-raisons-de-visiter-l-exposition-vallee-de-la-bievre-vallee-verriere

Elle est l’occasion de découvrir de rares pièces aussi variées que des carafes, des vases, un bestiaire coloré, des verres et des gobelets ou encore des plats de service aux jolis noms de Marie-Claire, George Sand ou encore Pensées…

A côté des vitrines richement garnies, des panneaux largement illustrés reviennent sur l’histoire de la cristallerie dont les grandes étapes ont été reconstituées par l’association. Les différentes techniques (verre soufflé, pressé, taillé, gravé à l’acide, matés, décors rapportés…) sont expliquées. Le travail des hommes est valorisé, qu’il s’agisse de celui des directeurs qui se sont succédé, des ouvriers et des compagnons (souffleurs, cueilleurs, tailleurs, poseurs de jambes et de pieds…) aux savoir-faire extraordinaires ou encore des artistes aux noms prestigieux qui ont contribué au rayonnement de la marque Vallerysthal (Antoine Bopp, Charles Spindler, Otto Kruger, Bruno Paul et même César dont le saxophone de cristal a été volé).

Chaque objet est plus qu’une œuvre d’art. C’est une trace d’un passé économique à (re)découvrir. On ne parlait pas de responsabilité sociale fin 19ème siècle ou courant du 20ème, mais l’usine disposait d’un économat, d’une cantine-auberge, d’un service de transport et d’hébergement pour les ouvriers dont le domicile était éloigné, d’un accueil des jeunes aussi et, plus récemment, dans les années 60, d’un centre d’apprentissage. C’est grâce à l’usine que la vallée a été très tôt desservie par le train et un service des postes.

Pour aller plus loin, je vous invite à visiter la page Facebook de l’association et son site : www.vallerysthal.com.

 

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