L’abécédaire de Louis Vuitton

Mais qui est Louis Vuitton ? Beaucoup d’entre nous ne connaissent pas l’homme à l’origine de l’une de nos entreprises championnes, aujourd’hui fleuron du groupe LVMH. Après la lecture du passionnant roman « Louis VUITTON, l’audacieux » de Caroline BONGRAND (Gallimard), j’ai souhaité partager avec vous l’histoire extraordinaire d’un homme parti de rien et arrivé très haut grâce à son talent et beaucoup de persévérance ! Est-ce un hasard si son nom signifie « tête dure » ?

A comme Anchay, le hameau qui le voit naitre dans le Jura le 2 février 1821, et qu’il quitte à seize ans.  Lassé d’une vie familiale chahutée par une belle-mère peu aimante et un père violent, il part seul et à pied, son maigre baluchon sur le dos, prêt à tous les petits boulots. Son idée, rejoindre Paris pour un avenir meilleur.

B comme Bois et ses différentes essences.  Il apprend très jeune l’art de les travailler. Il aime cela et s’en servira pour trouver le moyen de transporter en toute sécurité les marchandises les plus fragiles.

C comme Caisses qui deviendront des malles. Il les améliore pour allier légèreté, solidité et imperméabilité. Entoilage, cerclage, finesse des planches, couvercle bombé puis plat, attachots à glissière coulissantes, compartiments ou casiers, absence d’odeurs, bois répulsifs pour les insectes, tiroirs et poignées, etc. sont autant d’innovations qui bâtissent sa réputation de malletier unique.

D comme Durabilité des malles conçues pour traverser le temps. Il a l’idée d’en faire des objets précieux aux finitions incomparables à conserver toute sa vie.

E comme Emballeur layetier, son premier métier, très recherché pour préserver marchandises et effets personnels mis à mal par les mauvaises conditions des voyages de cette époque.

F comme Forge de Montreuil où naissent les accessoires métalliques de ses caisses dont ses serrures. Le verrou inviolable à deux boucles ressort ou à combinaisons que même le grand magicien Houdini ne peut vaincre y nait en 1886.

G comme Guenilles, ses premiers effets personnels, symbole de son origine très modeste et notamment des sabots remplacés par une première et unique paire de bottines maintes fois ressemelées et qui sa vie durant lui rappelle ses origines.

H comme Hôtel et plus exactement le Grand Hôtel du Louvre à proximité de son premier atelier où il propose ses services d’emballeur aux riches voyageurs. Ses clients profitent du nouvel essor des transports et leur amélioration, qu’ils soient sur route, en train ou en bateau vers toute l’Europe, puis plus tard au-delà de l’Atlantique.

I comme Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Plus qu’une cliente prestigieuse dès la première heure, elle est aussi une marraine qui, certainement, l’encourage et lui ouvre les portes du succès.

J comme Jockey club idéalement situé dans le quartier montant de l’Opéra. La sellerie quitte le 1, rue Scribe, libérant des locaux avec de larges vitrines sur 11 mètres de façade que Louis occupe après la guerre de 1870.

K comme Kyrielle d’outils utilisés dans ses ateliers pour parfaire son art : colombe, guimbarde, pierre à morfiler côté fûtiers, alênes, rainettes, couteaux à pieds pour les selliers ou encore les rogne-pied et la bouterole perloir des ferreurs. J’arrête avec le chasse rondelles des finisseurs car ce ne sont pas moins de 141 outils qui ont été répertoriés lorsque son fils George reprend l’entreprise !

L comme LV, le célèbre monogramme créé par son fils George en son hommage en 1895 et Louis, son prénom transmis fièrement de génération en génération.

M comme Maréchal, son premier employeur à Paris auprès duquel il apprend le métier d’emballeur d’objet précieux en travaillant dur. Il devient expert et reste son premier commis durant dix-sept ans avant d’ouvrir son premier atelier.

N comme Neuve-des-Capucines, au n°4, puis au n°3, les adresses de ses premiers ateliers, à proximité de la place Vendôme. Il les quitte en 1859 pour Asnières, toujours le cœur de la Maison Vuitton aujourd’hui avec sa villa Art déco transformée en musée et des locaux vastes, lumineux et proches de la Seine.

O comme Ouverture à l’international qu’il perçoit comme essentiel au développement de son entreprise. Il fréquente les salons et autre expositions internationales qui drainent une clientèle anglaise et plus tard américaine.

P comme Pliage, une technique inédite qui le démarque de ses concurrents. Il l’appliquait aux toilettes somptueuses dont les robes à crinoline de l’époque Louis-Philippe faites d’une dizaine de mètres de tissu et d’une cage en lames de fer galbées. Elles devaient trouver place sans mauvais plis dans des caisses particulières.

Q comme Quadrille, et toutes les autres danses des bals qu’il fréquentait peu en raison de ses goûts restés simples et par souci de rester à sa place en évitant les lieux des fastes de ses clients. Les bals au sein de son entreprise sont devenus cependant plus tard une tradition.   

R comme Rage de voir que ses idées, et notamment sa malle plate, sont (déjà !) rapidement copiées. Il n’a pas protégé ses modèles et ne peut rien contre les contrefaçons de mauvaise qualité. Il décide de se protéger à l’avenir grâce au dépôt de marque et son nouveau damier beige et brun marqué de l’inscription « Marque Louis Vuitton déposée ». Nous savons qu’il s’agit toujours d’une des marques les plus copiées.

S comme Succès d’un savoir-faire unique, porté par une époque riche de l’art de vivre de l’aristocratie du Second Empire et l’ouverture au monde dont il profite largement. Grâce à ses clients prestigieux, il développe son commerce en apprenant à gérer des stocks restreints, conséquence de longs délais de fabrication.

T comme Toile, celle de ses malles dénichée dans le quartier de Montmartre. La gris Trianon est moins grossière que le cuir de truie habituellement utilisé. Elle est apprêtée pour être solide, résistante et peinte.

U comme Usage des malles, pris en compte pour proposer une personnalisation inédite à ses clients fortunés. Il invente un large choix d’aménagements intérieurs sur mesure.  

V comme Voyage, indissociable de ses créations. En sus des malles, il propose d’autres objets, dont la malle lits de camps, destinée aux nouveaux globetrotteurs. Ils sont présentés lors de l’Exposition universelle de 1867.

W comme Wardrobe, le nom de sa malle armoire conçue pour être utilisée verticalement. Elle complète sa série de modèles innovants, chaque fois réinventés avec de nouvelles formes, matériaux ou savoir-faire.

X comme XS, pour qualifier son goût pour le luxe. L’homme qui est devenu le malletier des rois est resté très simple.

Y comme Yotta, la mesure internationale d’unités pour les très grands nombres, une hyperbole pour représenter l’importance mondiale d’un prénom et d’un nom devenus la marque que l’on connait aujourd’hui.

Z comme Zéro (repartir de) après la destruction totale des ateliers d’Asnières par les Prussiens en 1870. Trois mois lui suffisent pour relancer son activité. En 1914, la maison conduite par son fils George après sa mort en 1890 compte deux cents employés.

💡Pour aller plus loin, vous pouvez aussi consulter le site officiel Louis Vuitton et lire le livre de son arrière petit-fils Henry L. Vuitton « La malle aux souvenirs » aux Editions Mengès, un ouvrage né de la reconstitution de documents jaunis retrouvés dans une malle oubliée dans un grenier.

 

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